Vous avez peut-être entendu parler de la malassezia en cherchant des solutions à vos problèmes de peau persistants. Ces petits boutons qui démangent sur votre dos, ces pellicules qui ne partent jamais, ou cette peau qui reste irritée malgré tous vos efforts ? La malassezia pourrait bien être la coupable. Mais avant de paniquer, sachez une chose : cette levure vit sur la peau de presque tout le monde. Oui, vous avez bien lu, elle fait partie de votre flore cutanée naturelle. Alors, quand devient-elle un problème ? C’est exactement ce que nous allons découvrir ensemble.
La malassezia, c’est quoi exactement ?
La malassezia est une levure microscopique (un type de champignon) qui vit naturellement à la surface de notre peau. Pour être plus précis, il ne s’agit pas d’une seule levure, mais de tout un genre comprenant 14 espèces différentes. Les plus courantes chez l’humain sont Malassezia globosa, Malassezia restricta, Malassezia furfur et Malassezia sympodialis.
Ces micro-organismes mesurent entre 1,5 et 8 micromètres, ce qui les rend totalement invisibles à l’œil nu. Au microscope, elles présentent une forme ovale caractéristique, souvent décrite comme ressemblant à une « bouteille de Perrier » ou à une cacahuète lorsqu’elles se divisent.
Un habitant normal de votre peau
Voici la partie rassurante : la malassezia est présente chez pratiquement 100% de la population. Elle fait partie de ce qu’on appelle le microbiome cutané, cet écosystème complexe de micro-organismes qui vivent à la surface de notre peau. En temps normal, elle cohabite pacifiquement avec nous, sans causer le moindre problème.
La malassezia a un endroit préféré : les follicules pileux, ces petites cavités dans lesquelles poussent nos poils et cheveux. Pourquoi cet endroit précisément ? Parce que c’est là que se trouve le sébum, cette huile naturelle produite par notre peau.
Pourquoi la malassezia adore le sébum (et pourquoi c’est important)
La malassezia est ce qu’on appelle une levure lipophile, c’est-à-dire qu’elle aime les lipides (les graisses). Plus précisément, elle se nourrit d’acides gras présents dans le sébum de notre peau. Sans ces acides gras, la plupart des espèces de malassezia ne peuvent tout simplement pas survivre. On dit qu’elles sont « lipodépendantes ».
Cette caractéristique est cruciale pour comprendre les problèmes de peau liés à la malassezia :
- Les zones où votre peau produit le plus de sébum (visage, cuir chevelu, haut du dos, poitrine) sont aussi les zones où la malassezia prospère le mieux
- Les personnes à la peau grasse ont souvent plus de malassezia que les personnes à la peau sèche
- L’utilisation de certaines huiles et produits gras en cosmétique peut « nourrir » la malassezia et favoriser sa prolifération
Quand la malassezia devient problématique
Dans des conditions normales, votre peau maintient un équilibre sain. La malassezia se multiplie, mais votre système immunitaire et le renouvellement naturel de votre peau (l’élimination des cellules mortes) gardent sa population sous contrôle.
Mais parfois, cet équilibre se rompt. La malassezia commence alors à proliférer de façon excessive, passant d’un simple commensal inoffensif à un agent pathogène responsable de divers problèmes cutanés.
Les facteurs qui déclenchent la prolifération
Plusieurs conditions peuvent favoriser la multiplication excessive de la malassezia :
1. L’humidité et la chaleur La malassezia adore les environnements chauds et humides. C’est pourquoi les problèmes de peau liés à cette levure sont plus fréquents :
- En été ou dans les climats tropicaux
- Après une séance de sport intense (transpiration)
- Chez les personnes qui transpirent beaucoup
- Sous des vêtements serrés ou synthétiques qui ne laissent pas la peau respirer
2. La production excessive de sébum Plus votre peau produit de sébum, plus la malassezia a de quoi se nourrir. Les peaux grasses ou mixtes sont donc plus à risque.
3. Un système immunitaire affaibli Votre système immunitaire joue un rôle clé dans le contrôle de la malassezia. Lorsqu’il est affaibli (stress chronique, maladie, fatigue, certains médicaments immunosuppresseurs), la levure peut en profiter pour proliférer.
4. La prise d’antibiotiques Les antibiotiques détruisent les bactéries, y compris les bonnes bactéries de votre peau qui aident à contrôler la malassezia. En leur absence, la levure a le champ libre pour se multiplier.
5. Les déséquilibres hormonaux Les changements hormonaux (puberté, grossesse, cycle menstruel) peuvent modifier la production de sébum et créer un terrain favorable à la malassezia.
6. L’utilisation de produits cosmétiques occlusifs Certaines crèmes, huiles ou protections solaires très riches peuvent créer un film sur la peau qui empêche celle-ci de « respirer », favorisant ainsi la prolifération de la levure.
Les problèmes de peau causés par la malassezia
Quand la malassezia prolifère, elle peut causer plusieurs affections cutanées distinctes :
1. La folliculite à malassezia (ou « acné fongique »)
C’est l’inflammation des follicules pileux causée par la levure. Contrairement à ce que son surnom suggère, ce n’est pas vraiment de l’acné (qui est causée par des bactéries), mais plutôt une mycose.
Signes caractéristiques :
- Petits boutons rouges uniformes (tous de la même taille)
- Démangeaisons intenses (contrairement à l’acné classique)
- Absence de points noirs ou points blancs
- Localisés principalement sur le haut du dos, la poitrine, les épaules, le front
2. La dermatite séborrhéique
Il s’agit d’une inflammation de la peau dans les zones riches en glandes sébacées. La dermatite séborrhéique se manifeste par :
- Des squames (pellicules) grasses et jaunâtres
- Des rougeurs
- Des démangeaisons
- Zones touchées : cuir chevelu, sourcils, plis du nez, derrière les oreilles, poitrine
3. Le pityriasis versicolor
Cette affection se caractérise par des taches de couleur variable sur la peau :
- Taches beiges, roses ou blanches (plus claires que la peau environnante)
- Légère desquamation au grattage
- Peu ou pas de démangeaisons
- Surtout sur le tronc, le cou, les épaules
- Plus fréquent chez les adolescents et jeunes adultes (30-40% dans les zones tropicales)
4. Le pityriasis capitis (pellicules)
Il s’agit tout simplement de l’état pelliculaire du cuir chevelu, favorisé par la malassezia, le stress et la séborrhée.
5. Le lien avec la dermatite atopique
Des études récentes suggèrent que la malassezia pourrait jouer un rôle dans certaines formes de dermatite atopique, particulièrement celle qui affecte la tête et le cou. Une prolifération de la levure peut aggraver les symptômes chez certaines personnes atopiques.
Comment savoir si la malassezia est en cause ?
Plusieurs indices peuvent vous mettre sur la piste :
Signes évocateurs :
- Vos problèmes de peau démangent (c’est un signe clé !)
- Les boutons sont tous de la même taille et ne présentent pas de comédons
- Les symptômes s’aggravent en été ou après le sport
- Vos problèmes résistent aux traitements anti-acné classiques ou s’aggravent avec les antibiotiques
- Les zones affectées correspondent aux zones riches en sébum
Le diagnostic certain Seul un professionnel de santé (dermatologue) peut confirmer qu’il s’agit bien d’un problème lié à la malassezia. Le diagnostic se fait généralement par :
- Un examen clinique (aspect des lésions)
- Un prélèvement cutané au microscope (scotch-test ou écouvillonnage)
- Parfois une culture en laboratoire pour identifier l’espèce exacte
Les traitements disponibles
Les affections liées à la malassezia nécessitent des traitements antifongiques (antimycosiques), et non des antibiotiques qui seraient inefficaces voire contre-productifs.
Les traitements couramment prescrits incluent :
- Antifongiques topiques : kétoconazole, ciclopirox, sulfure de sélénium
- Shampooings antifongiques pour le cuir chevelu
- Traitements oraux dans les cas sévères ou résistants
- Acide azélaïque qui possède des propriétés antifongiques
- Pyrithione de zinc très efficace
La durée du traitement varie de quelques semaines à plusieurs mois selon la sévérité et le type d’affection.
Ce qu’il faut retenir
La malassezia n’est pas un ennemi à éradiquer complètement de votre peau – c’est impossible et pas souhaitable, car elle fait partie de votre microbiome naturel. L’objectif est plutôt de maintenir son équilibre pour qu’elle reste à un niveau qui ne cause pas de problèmes.
Points clés à retenir :
- La malassezia est une levure naturellement présente chez 100% de la population
- Elle se nourrit du sébum de votre peau
- Des facteurs comme la chaleur, l’humidité, le stress, les antibiotiques peuvent favoriser sa prolifération excessive
- Quand elle prolifère, elle cause des problèmes de peau spécifiques : folliculite (acné fongique), dermatite séborrhéique, pityriasis versicolor
- Le signe distinctif principal : les démangeaisons
- Elle ne se traite pas comme l’acné classique : il faut des antifongiques, pas des antibiotiques
Que faire si vous suspectez un problème lié à la malassezia ?
Consultez un dermatologue pour obtenir un diagnostic certain. Ne vous auto-diagnostiquez pas en vous basant uniquement sur des photos trouvées en ligne.
Évitez les produits qui nourrissent la malassezia en attendant : huiles riches en acides gras à longue chaîne, produits occlusifs très gras.
Maintenez une bonne hygiène cutanée sans pour autant agresser votre peau : douche après le sport, vêtements en fibres naturelles, éviter les environnements trop chauds et humides.
Utilisez notre outil d’analyse INCI pour vérifier que vos produits cosmétiques ne contiennent pas d’ingrédients qui favorisent la prolifération de la malassezia.
La malassezia peut être frustrante à gérer, surtout quand on la confond avec d’autres problèmes de peau. Mais avec les bonnes informations et l’approche adaptée, il est tout à fait possible de retrouver une peau saine et équilibrée. La clé ? Comprendre ce qui se passe réellement sur votre peau et adapter vos soins en conséquence.
💡 Vous voulez en savoir plus ? Dans nos prochains articles, nous explorerons en détail les ingrédients cosmétiques à éviter et ceux qui sont sûrs pour les peaux sensibles à la malassezia, ainsi que des routines de soin adaptées.
Sources :
- Société Française de Microbiologie
- Études dermatologiques cliniques sur les Malassezia
- Recherches sur le microbiome cutané et la dermatite atopique
Article rédigé à des fins informatives. Consultez toujours un professionnel de santé pour un diagnostic et un traitement personnalisés.
